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INSTITUT DES HAUTES ETUDES POUR LA SCIENCE ET LA TECHNOLOGIE
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La lettre de l'IHEST - 20 novembre 2009

portrait-mflc.jpgEditorial de
Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader
directrice de l’IHEST


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Penser autrement.
Penser autrement le progrès scientifique
et technologique,
les attentes de la société, leurs rapports mutuels,
la culture de demain.
Tel est l’enjeu qui conditionne
notre développement et celui de toutes
les sociétés qui misent
sur la connaissance !
Notre but : créer de nouveaux liens
autours de ces enjeux,
agir ensemble en confiance.
Notre action : dans une approche rigoureuse, fondée sur la démarche scientifique, croiser les regards
de la société civile,
développer la réflexivité, pour analyser
le changement et penser autrement
la complexité du réel et l’avenir.

Au sommaire de ce numéro :
Penser autrement l’économie.
L’économie est-elle une science ?
Nous gouverne-t-elle ?
Qu’en disent les crises ?
Pour en parler un débat la semaine prochaine et des conférences d’ores et déjà en ligne de quelques intervenants
de la première université européenne d’été organisée en septembre par l’IHEST,
en attendant la publication complète.

Mais aussi quelques nouvelles
du cycle en cours et de notre vie.


Venez nombreux participer à la rencontre Paroles de chercheurs !

 

Rendez-vous le 25 novembre 2009

• Paroles de chercheurs
À Paris et en direct
sur le site internet
de l'IHEST
le 25 novembre 2009

Séismes et bulles financières :
quelle prévision ?

Dans la foulée du succès de l'université d'été sur l'économie, l'IHEST invite en novembre pour débattre devant un large public et en direct sur Internet deux spécialistes radicalement différents.
L'un Paul Jorion journaliste issu des sciences humaines, de l'anthropologie et de la sociologie, l'autre Didier Sornette, spécialiste de physique statistique, de prédiction des crises et de gestion des risques, mais qui ont un objet d'étude en commun l'économie et les bulles financières.

Mercredi 25 novembre 2009
18h30-20h00

Conseil Supérieur du Notariat Auditorium
60 boulevard de Latour-Maubourg
75007 Paris

Le débat animé par le journaliste Gérard Bonos sera retransmis en direct sur le site internet de l'IHEST http://www.ihest.fr


Au sommaire de ce numéro

Première université européenne d'été de l'IHEST L’économie, une science qui nous gouverne ? Leçons des crises Du 3 au 8 septembre 2009

Allocution d'ouverture par Bertrand Collomb, président de l'IHEST

Actualités de la crise par Christian de Boissieu

Comment interroger les postulats fondateurs de l’économie ? par Philippe d'Iribarne

Question à Paul Jorion

Internet et numérique : une nouvelle économie pour la nouvelle économie par Pierre-Jean Benghozi

Allocution d'ouverture de l'université d'été
par Bertrand Collomb, président de l'IHEST, président d'honneur du groupe Lafarge

Tout cela m’amène à poser quelques questions et à m’étonner que certaines approches n’aient pas été davantage développées. Un, la théorie de l’équilibre aide-t-elle vraiment à comprendre la gestion des déséquilibres ? Deux, la théorie des marchés parfaits aide-t-elle à comprendre les marchés imparfaits ? Trois, quel est le coût des chocs, des bulles et des cycles ? Quatre, peut-on vraiment modifier les critères de mesure du succès économique au niveau macro et micro ? Un doute sur la capacité de l’économie scientifique à traiter ces questions débouchera sur la tentation d’abandonner toute théorie universelle de l’économie et d’aller vers une économie qui décrira des processus, des affrontements entre groupes, une économie politique, une économie institutionnelle ou une socio-économie. Si une telle perspective se vérifie, j’avoue mon inquiétude, car cela signifierait qu’on a définitivement abandonné l’idée que les processus économiques peuvent être ou ne pas être efficaces. L’idée géniale de Pareto, que je sache, c’est de reconnaître qu’il y a des affrontements entre groupes, que certains peuvent devenir plus riches ou plus pauvres. Mais il existe aussi des cas où tout le monde peut être plus riche ou plus pauvre. Une telle analyse vaut, du moins je l’imagine, pour l’environnement. Dans certaines situations, on peut être plus riche sur le plan économique et sur le plan environnemental ; dans d’autres, on sera plus mauvais sur toutes les dimensions. Se borner à affirmer que tout se vaut et que l’important est le résultat d’un processus ? C’est abandonner toute ambition scientifique. Où l’on retrouve la question de l’acceptabilité des sciences, sujet majeur de l’IHEST. Considérer que la vérité scientifique est un leurre et que le choix doit être le résultat d’un processus démocratique ? Ce peut être satisfaisant pour résoudre des conflits, mais absolument pas sur le plan du progrès scientifique. Le processus suivi ne saurait à lui tout seul légitimer le résultat.

Bertrand Collomb, 5 septembre 2009

Lire le texte complet sur le site de l'IHEST


En bref

Lancement du cycle national 2009-2010 : La société face aux frontières de la science et de l’innovation, nouvelles ruptures, nouvelles cohésions
-> voir l'éditorial

La promotion 2009-2010 : Quarante trois auditeurs ont été admis au sein de la prom otion 2009-2010 de l'IHEST
-> voir la liste des auditeurs

Rapport d'activité 2008 de l'IHEST
L’IHEST est devenu une réalité en moins de deux ans, du lancement de la première promotion, en novembre 2006, jusqu’à l’autonomie de gestion de l’établissement public, en juillet 2008.
-> voir le rapport

Réseau : Le 25 septembre 2009 un groupe d’anciens auditeurs et de membres de l’équipe de l’IHEST s’est rendu à Vannes pour découvrir une PME innovante MULTIPLAST Composite Yachts et débattre du rôle des pôles de compétitivité.
->lire l'article

Actualités de la crise
par Christian de Boissieu, président délégué du Conseil d’analyse économique, professeur à l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne), directeur scientifique du Centre d’observation économique de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris

" Je ne crois donc pas du tout à un monde sans crise. Il faut bien voir aussi que si la crise est un drame, en particulier pour ceux qui perdent leur emploi ou vont le perdre – et ce n’est pas fini – la crise sert de force de rappel, à travers nombre d’ajustements douloureux. Cette interprétation de la crise est certes partielle, mais a aussi sa part de vérité. Aussi voit-elle dans cette crise une manière de corriger les excès de la finance virtuelle. Les instruments dérivés rendent des services, et si de telles innovations financières ont été utilisées, c’est qu’elles ont répondu à des besoins. Elles ne sont pas tombées du ciel. D’aucuns ouvrent le débat de l’innovation financière à la lumière de cette crise en affirmant qu’il faut en finir avec la complexité financière. Pourquoi pas… Encore faut-il bien avoir à l’esprit que la demande de simplicité durera quelque temps. Mais une fois qu’on sera sorti de cette crise, le système se complexifiera à nouveau, du fait de la gestion des risques et de l’inventivité sans limites… Pourquoi la plupart de ces innovations financières se sont-elles développées à partir des années 70 ? Parce que les instruments dérivés répondaient à des demandes, à un vrai besoin. Avec la mort du système de Bretton Woods – 1971-1973 – on a assisté à une augmentation du risque de change, à une demande des entreprises, des banques et de tous les opérateurs d’instruments de couverture. Si certains se couvrent, d’autres s’exposent, tant il est vrai que l’on ne saurait séparer sur un marché couverture, spéculation et arbitrage. La spéculation est devenue un gros mot. A l’origine, pourtant, elle a un sens purement technique. Pour que des marchés fonctionnent, il faut un minimum de spéculation. Tout le monde ne peut se couvrir. Si certains se couvrent en refilant le mistigri par des instruments dérivés, d’autres doivent prendre la carte. Dans cette affaire, le débat éthique émerge très vite. En France, la spéculation est une pratique jugée mauvaise. Or, le débat n’est pas là. Encore une fois, il faut de la spéculation pour que les marchés fonctionnent. Par contre, il s’agit de savoir à partir de quand la finance tourne sur elle-même. A partir de quand la spéculation devient-elle excessive et non nécessaire ? Or, les économistes ou les financiers ont bien du mal à tracer la frontière, ne disposant pas de nombreux indicateurs qui les éclaireraient. "

Christian de Boissieu, 5 septembre 2009

Lire le texte complet sur le site de l'IHEST


Comment interroger les postulats fondateurs de l’économie ?
par Philippe d'Iribarne, directeur de recherche au CNRS
Extrait de l'intervention, lire le texte complet sur le site de l'IHEST

Lorsqu’on voit des indices tels que les taux de suicide, de consommation de drogues, et les déclarations des individus sur leur niveau de bien être subjectif, on constate qu’il n’y a pas, depuis au moins trente ans, de corrélation entre l’évolution du niveau de vie et celle du bien être des individus. Dans nos sociétés industrielles, sorties de la pénurie de biens fondamentaux pour la majorité de ses membres, l’essentiel de ce qu’un individu tire de sa consommation dépend de son niveau relatif de consommation, niveau qui influence la place qu’il occupe dans la société. Lorsque la consommation de tous augmente, ce niveau relatif n’est pas modifié. Par ailleurs, si l’on ne fait pas le bilan entre d’une part la diminution de précarité permise, via la consommation, par l’augmentation du revenu dont on dispose, et d’autre part l’augmentation de cette précarité liée, via la vie de travail, à l’intensification de la concurrence, on ne peut rien dire de sérieux sur les effets de l’augmentation de la concurrence sur la situation réelle des individus.
Dans ces conditions, comment se fait-il que la science économique soit capable de si bien résister à la prise en compte de la réalité ?
Une première réponse a trait à son évolution interne. Il existe une communauté des économistes qui détient l’accès à des revues, à des postes universitaires, à des institutions comme l’OCDE, le FMI ou la Banque Mondiale. Il s’agit d’une communauté qui sait reconnaître les siens. Dès lors, échapper aux postulats fondateurs de l’économie, autour desquels cette communauté se rassemble, c’est ne plus être économiste. Et, si l’on n’est plus économiste, il n’est plus question d’occuper un poste d’économiste. Au fond, si l’on n’est pas d’accord avec la manière « normale » de faire de l’économie, on est amené à se soumettre ou à se démettre : soit passer sous les fourches caudines de la discipline, soit partir ailleurs, dans des endroits plus accueillants. J’ai évoqué les individus de ma génération qui s’étaient lancés dans une entreprise de rénovation de la science économique, et vous en connaissez un certain nombre. Ils ont tous changé d’orientation. Jean-Pierre Dupuy est devenu philosophe, Jacques Attali essayiste, comme Marc Guillaume. Moi-même, je suis plutôt catégorisé sociologue ou anthropologue. Etant entré au CNRS dans la commission d’économie et y ayant passé de nombreuses années, j’ai ensuite intégré une commission composée de politistes et de sociologues, qui a pour titre « Politique, Pouvoir, Organisation », car il me paraissait clair que j’étais devenu étranger à la tribu des économistes.
En même temps qu’elle est fermée sur elle-même, cette collectivité des économistes parvient à produire des indices de crédibilité vis-à-vis de l’extérieur. L’économie a l’apparence d’une science, qui dispose de modèles économétriques, de statistiques, de modèles mathématiques, toutes choses difficilement compréhensibles pour le profane et susceptibles de l’impressionner. Si on veut commencer à se poser des questions sur la discipline, à intégrer des questions de relativité culturelle – qu’est-ce qu’un contrat ? qu’est-ce qu’être chômeur ? qu’est-ce qu’avoir un travail – on évolue dans des domaines où la modélisation mathématique est tout sauf évidente. Sortir de l’économie dans son périmètre actuel, serait donc cesser de faire de la « science ».

Philippe d'Iribarne, 7 septembre 2009

Lire le texte complet sur le site de l'IHEST


Question à
Paul Jorion

Posée à l'issue de son intervention
Une constitution pour l'économie
lors de l'université d'été de l'IHEST

Comment votre proposition de constitution a-t-elle été construite sur des savoirs économiques et en interaction avec les scientifiques de cette sphère ?

J’ai dressé un portrait catastrophique de la crise que nous vivons. Mais il me semble bel et bien réaliste, fondé sur une analyse sérieuse et pas la simple expression d’une dépression nerveuse. Il faut bien en prendre la mesure. Ceci posé, votre question porte sur la science économique. Celle-ci a été produite par nos sociétés, dans un cadre où d’autres sciences sont apparues. Il a fallu créer la démocratie : c’est une invention de toutes pièces, produite par l’effort conjoint de plusieurs pays. On en trouve les germes dans la Grèce antique, bien qu’il s’agisse là d’un système esclavagiste. Les Anglais ont apporté leur contribution, puis les Américains à la fin du XVIIIe siècle. La révolution française et Napoléon ont offert leurs propres mises au point. Il s’agit donc avec la démocratie d’une invention humaine, que l’on a faite à la suite d’un dégoût, le dégoût des guerres de religion, comme le dit bien Jean-Claude Michéa, qui a conduit à un sursaut et a obligé à passer à autre chose.
Ce faisant, nous avons abandonné au sein de la démocratie, une zone franche. Nous avons maintenu l’économie à part. Du coup, on a affaire à un système économique qui continue à fonctionner comme avant, de la manière dont notre espèce fonctionne, sur le mode colonisateur. Cela permet la concentration de la richesse et rend possible une perversion de la démocratie par le pouvoir de l’argent.

Paul Jorion, 7 septembre 2009

Lire l'ensemble de l'intervention sur le site internet de l'IHEST


Internet et numérique : une nouvelle économie pour la nouvelle économie
par Pierre-Jean Benghozi
Extrait de l'intervention, lire le texte complet sur le site de l'IHEST

La croissance du commerce électronique est soutenue. Son développement est d’autant plus important du fait de l’augmentation des internautes, le nombre d’acheteurs en ligne augmentant encore plus vite. Les sites marchands couvrent des secteurs très différents – produits culturels, voyages, fleurs, produits électroniques, produits de grande consommation… Ce secteur s’est caractérisé par des glissements successifs, passant de modèle marketing de pure playerAmazon et Ebay – à des sites qui proposent aussi la vente de service, qui ne font pas simplement du business to consumer, mais aussi du business to business, qui structurent des marchés tout autant qu’ils proposent des produits.
S’agit-il d’un marché « parfait », comme l’a envisagé la théorie économique ? Avec plus d’échanges et de transactions, grâce à la taille mondiale du marché, on devrait obtenir une efficacité accrue des marchés, donc plus de transparence sur les prix et une pression à la baisse et au resserrement des prix, dans la mesure où l’on est toujours « à un clic du concurrent ». La théorie économique explique  assez bien cette pression à la baisse, même si elle la tempère par des possibilités de collusion.
En pratique, on s’est toutefois aperçu que les marchés n’étaient pas si parfaits que cela, du fait notamment de facteurs favorisant la collusion : nombre limité de firmes et possibilité d’observation des comportements de chacun. Les travaux de Penard en France ou de Brynjolsson sur la comparaison des prix du disque ont mis en évidence que le marché était imparfait, qu’il existait des variations sur le marché du disque qui pouvaient être significatives, y compris en intégrant les frais de port. Aussi observe-t-on, par rapport au prix de référence de la FNAC, des différences qui peuvent aller jusqu’à – 27 % pour Cdiscount ou – 10 % pour Amazon, et une moyenne de 5 % de variation des prix. Tout laisserait pourtant à penser qu’on a affaire à un marché où le prix n’a pas de raison de varier considérablement. Or tout se passe, en matière de disque, comme le prix du transport aérien. Achetez un Paris/New York aujourd’hui : rien ne vous assure que votre prix d’achat sera le même la semaine suivante. En matière de CD également, on observe des variations de prix au jour le jour, les stratégies étant relativement différentes entre les offreurs.
L’hypothèse du marché parfait est donc largement battue en brèche par les faits, les acteurs du commerce électronique s’organisant autour de plusieurs ressources clés, à la fois en jouant de la relation au produits et services, et de la relation aux territoires, de la capacité de maîtrises les informations, la technologie, et la reconfiguration permanente des business et pricing models. Suivez les ventes de musique sur Internet : vous comprendrez l’enjeu des discussions autour de la loi Hadopi, dont le modèle est la vente de disque d’un côté, le téléchargement gratuit de l’autre. Or la musique en ligne n’a déjà plus rien à voir avec un tel schéma. Elle est faite de téléchargements, mais aussi d’abonnements. Face à cette innovation constante sur les modèles d’affaire, on constate le grand décalage des modèles de régulation, qui ne font en fait que réguler l’étape précédente.

Pierre-Jean Benghozi, 5 septembre 2009

Lire l'ensemble de l'intervention sur le site internet de l'IHEST

Pour plus d’informations, rendez vous sur www.ihest.fr